L’amour contre les préjugés

Je mets en ligne la nouvelle que j’ai écrite pour le concours de la nouvelle romantique (voir ici la page officielle du concours) 2014. Les avis sur le forum ont été plutôt mitigés (à cause surtout d’un certain facteur). Pour aller voir ces commentaires cliquez ici. Mon histoire fait 12 pages et il s’agit d’une romance contemporaine.

Résumé : Après quelques déceptions en amour, Elise a totalement abandonné l’idée de trouver chaussure à son pied. Alors, s’intéresser à un footballeur ? Cela ne lui viendrait jamais à l’esprit et, de toute façon, les chances pour qu’elle en rencontre un sont infimes. 

Prenez le temps de me laisser un petit commentaire après votre lecture, cela fait toujours plaisir🙂 !

L’amour contre les préjugés

Clac. Clac. Clac. Clac. Le bruit des talons de la jeune femme, en tailleur noir, résonnait à travers le couloir d’une maison d’édition parisienne. Elle adressait des petits signes de tête à chacune des personnes qu’elle croisait. Elle finit par atteindre son bureau et se prépara à affronter cette nouvelle journée de travail, la dernière avant un week-end qui s’annonçait bien solitaire.

– Bonjour Élise ! Comment vas-tu ? En forme ?

La jeune femme eut à peine le temps de se retourner vers cette nouvelle arrivante, qui était entrée sans prendre la peine de frapper à la porte, qu’elle recevait une bise sur chaque joue.

– Eh bien, bonjour à toi aussi, Mélanie !

Sa secrétaire, qui était également son assistante, laissa échapper un rire espiègle.

– Bon, je sens qu’on ne pourra pas débuter correctement cette journée sans que tu n’aies avalé ta dose matinale de café. J’y vais tout de suite !

Élise secoua la tête devant tout cet étalage de bonne humeur. Elle n’arriverait jamais à comprendre comment un être humain pouvait être opérationnel d’aussi bonne heure. Enfin, c’était ce qui faisait le charme de Mélanie. Une demi-heure plus tard, son café avalé, Élise se trouvait en salle de réunion pour faire un point sur la semaine passée.

 

À l’heure du déjeuner, dans un petit restaurant non loin de leur lieu de travail, Élise fut assaillie de questions par Mélanie et deux de ses collègues.

– Qu’est-ce que tu vas faire ce week-end ? lui demanda l’une.

Mélanie, sans laisser à Élise le temps de répondre, enchaîna :

– Ne me dis pas que tu vas rester tout ton weekend en pyjama, la tête plongée dans tes livres, avec pour seul compagnon ton espèce de chien extraterrestre.

– Mon chien n’est pas un extraterrestre ! protesta la jeune femme.

– Là n’est pas la question ! Il faut que tu sortes et que tu t’aères l’esprit, Élise. Cela fait, quoi ?, un an depuis ta rupture avec Georges, ajouta la troisième.

– Cela n’a rien à voir avec Georges ! Je fais quand même ce que je veux de mes week-ends, non ?

– La seule chose de bien avec ce Georges, c’est que tu reconnais désormais que les goûts vestimentaires des Anglais sont désastreux… marmonna Mélanie.

Le silence se fit parmi les quatre femmes. Après avoir réglé l’addition, l’une d’entre elles reprit la parole :

– Mélanie, tu ne m’avais pas dit que ton copain avait une place en trop pour le match de football de samedi soir ?

xxx

Les footballeurs effectuaient leurs derniers échauffements, réglaient les derniers détails avant leur entrée dans le stade. Damien était serein. Sa carrière arrivait à sa fin, et il avait acquis suffisamment d’expérience pour entrer sur le terrain sans trop d’angoisse. Il adorait jouer. Sur le terrain, il était ailleurs, il était un autre : Damien n’existait plus. Néanmoins, plus vieux aujourd’hui que lorsqu’il avait entrepris de réaliser son rêve de gamin, il aspirait désormais à autre chose. Il voulait une vie plus stable et, pourquoi pas, fonder une famille. Le coup de sifflet de l’entraîneur le ramena à la réalité : le match commençait dans quelques minutes et il était temps de se rendre sur le terrain.

xxx

– Bon sang, je savais que je n’aurais jamais dû venir…

– Allez, Élise, fait un effort ! Avoue que ce n’est pas aussi pire que ce à quoi tu t’attendais !

– Je peux avouer une chose : c’est la première et la dernière fois que j’assiste à un match, dans un endroit autre que devant mon écran de télévision !

Mais les paroles de la jeune femme se perdirent dans les hurlements des fans, qui acclamaient un joueur qui avait eu la merveilleuse idée de marquer un but. Élise grimaça à cause de tout ce bruit. C’était officiel, ses oreilles n’étaient plus de ce monde. Elle aurait mieux fait de rester bien au chaud chez elle, avec son chien – qui était tout à fait normal, quoiqu’en dise Mélanie. Et ce match qui n’en finissait pas, un véritable supplice ! Élise poussa un soupir et se rencogna dans son siège pour endurer tant bien que mal la fin de ce match interminable.

 

Élise se faufilait, à grande peine, entre les corps qui se dandinaient sur la piste de danse, improvisée dans un appartement situé pas très loin du stade. Elle devait admettre que Benjamin, le copain de Mélanie, était surprenant et se révélait plein de ressource. Après tout, il avait réussi à les incruster dans une soirée où étaient présent la plupart des joueurs de football qui, tout à l’heure, disputaient leur match. Quant à elle, Élise ne s’expliquait pas sa présence. Ou peut-être qu’elle ne souhaitait pas l’admettre. Par exemple, elle ne reconnaîtrait jamais qu’elle aurait parfois aimé, comme en cet instant, rejoindre les minettes qui se trémoussaient sur la piste, et qui flirtaient, honteusement, avec la plupart de la gent masculine présente. Élise soupira. Elle n’avait jamais été ce genre de jeune fille et ce n’était pas maintenant, alors qu’elle avait fêté ses vingt-sept ans il y a peu, qu’elle allait commencer à s’affranchir de sa timidité, pour réussir à aborder un homme en soirée et le draguer. Son aventure avec George -ou plutôt sa mésaventure-, qui avait tout de même duré presque un an, l’avait complètement refroidie de ce côté. C’est pourquoi, au lieu de rejoindre les danseurs, Élise continua laborieusement son chemin en direction du bar. Quand elle l’atteignit enfin, elle se laissa tomber sur un siège en hauteur avec soulagement. Elle commanda un cocktail avant de reporter son attention sur la salle. À travers cette foule compacte, impossible de retrouver ses deux compagnons, qui s’étaient précipité, en arrivant, vers le noyau que formait les idoles de Benjamin, pour réussir à obtenir un autographe. Élise grimaça intérieurement. Ridicule. Un pauvre autographe n’allait rien changer dans leur vie. Elle ferait mieux de quitter cet endroit et de rejoindre au plus vite son appartement. Au moment où Élise se faisait cette réflexion, deux hommes s’approchèrent du bar, s’assirent à côté d’elle et commandèrent également des boissons. Leur discussion était très animée et, au bout de quelques minutes, la jeune femme finit par comprendre que le plus grand des deux, qui avait des cheveux noirs mi-longs, était vraisemblablement l’un des joueurs et que son comparse, plus trapu et ayant des cheveux blonds et courts, était son entraîneur. Mais Élise aurait été bien en peine d’en dire davantage. Elle fut dérangée dans ses pensées par l’arrivée d’une bande de garçons, qui parvenaient à faire encore plus de bruits que le reste de l’assemblée – un exploit dans ces circonstances.

– Je te défie de pouvoir avaler plus de shots que moi ! s’énerva l’un des nouveaux venus en s’approchant du bar.

Les autres ricanèrent et l’un d’eux se démarqua pour répondre au défi.

– Toi, tu me défies ?! Haha, on va voir ça ! Barman, servez-nous un peu de votre vodka dans vingt verres chacun, qu’on s’amuse un peu !

Alors que le barman s’affairait, Élise intervint :

– Attendez ! Je veux participer aussi !

Tout le groupe s’esclaffa une nouvelle fois tout en la détaillant du regard. Elise ne savait pas ce qui lui avait pris, mais elle était déterminée à aller au bout de son idée, ou plutôt de son instinct. Qu’elle soit d’apparence petite et menue ne voulait pas dire qu’elle ne réussirait pas ! Elle se débarrassa de sa veste, la déposa sur son siège en compagnie de son sac. Elle s’approcha des deux hommes, entourés de leur bande, qui continuaient tous à la regarder de manière perplexe. Le barman la fixa à son tour avant de hausser les épaules. Si cette fille voulait se saouler, ce n’était pas son problème. Il posa devant elle les cinq premiers shots de vodka. Élise en prit un, avala son contenu d’un coup et le reposa fermement sur le bar. Puis, elle se tourna vers les deux hommes :

– Eh bien, vous attendez quoi ?

 

Ils en étaient au onzième verre et la jeune femme ne manifestait aucun signe d’abandon. Si ses deux comparses commençaient à rire pour un oui ou pour un non, et à chanceler un peu, il ne décelait aucun de ces symptômes chez elle. Elle était décidément très forte, pensa Damien en avalant une gorgée de bière. Une fois sa discussion avec son entraîneur terminée, il s’était rapproché de la bande et suivait leur défi depuis le début. Sa main se serra autour de son verre. Dire que la journée était bien partie ! Ils avaient remporté le match pour lequel ils s’étaient tous entraînés très dur, et qui devait normalement être le dernier de sa carrière. Mais son entraîneur – et ses supérieurs – avaient été très clairs : il n’était pas question qu’ils le laissent quitter l’équipe, alors qu’il en était l’un des points forts. Damien en avait plus que marre. Il ne souhaitait qu’une chose : pouvoir devenir entraîneur pour les plus jeunes. Il se rappelait très bien de celui qui avait tenu ce rôle pour lui, et qui l’avait poussé à réaliser son rêve. Il soupira tandis qu’il se tournait vers la jeune femme et les deux gars. Au même moment, l’un des participants s’affala sur le sol et ses copains se tournèrent vers la jeune femme, les visages menaçants. Damien se leva. Tout cela risquait de ne pas se terminer très bien…

 

Élise avait l’esprit embrumé et tout semblait lui venir de très loin. La seule chose qu’elle avait comprise, c’est qu’elle était en train de gagner. C’est pourquoi, lorsque l’homme aux cheveux noirs vint lui saisir le coude, pour lui murmurer à l’oreille un « Je crois qu’il serait plus prudent d’arrêter ce jeu », elle hocha négativement sa tête.

– Certainement… pas ! Je suis en train… en train de gagner !

Il la regarda avec un air qui semblait dire « Telle que je te vois, ma petite, tu ne vas pas tenir encore longtemps debout ». Élise s’apprêtait à protester quand elle aperçut les mines furieuses de la bande des deux nigauds. Elle murmura :

– Ce que les hommes peuvent être mauvais joueurs… Ok, c’est bon, laisse-moi récupérer mes affaires.

Ce n’est qu’après avoir réussi à sortir de l’appartement enfumé, qu’Élise se rendit compte de ce qu’elle faisait. Elle se dégagea de la poigne de l’individu.

– Qui es-tu ?

Le bel homme lui adressa un tel sourire qu’elle en fut éblouie.

– Je m’appelle Damien et je suis l’un des footballeurs. Tu as assisté au match ?

Elle avait bien deviné, tout à l’heure, en pensant qu’il s’agissait de l’un des joueurs.

– Damien… c’est joli. Moi, c’est Élise et je suis éditrice. Et oui, j’ai malheureusement assisté au match et je me suis ennuyée à…

Élise avait tendu sa main vers celle de Damien pour se présenter mais, en s’apercevant qu’elle en voyait deux, elle fut si surprise qu’elle ne finît pas sa phrase. Damien saisit, de nouveau, Élise par l’épaule pour l’empêcher de tomber.

– Si tu veux, je te ramène.

Élise, dans un piètre état, remercia le Ciel pour la bonté de cet homme. Elle se rendait compte que jamais elle n’aurait pu rentrer dans son état.

Dans le taxi, Élise et Damien s’assirent sur la banquette arrière. Lorsque la voiture démarra, la jeune femme perdit l’équilibre et tomba sur Damien. Elle ne sut jamais qui des deux approcha sa tête en premier. En tout cas, quelques minutes après un baiser passionné, au moment où le chauffeur de taxi leur demanda à quelle adresse ils se rendaient, Élise ne s’aperçut pas que Damien en donnait une autre que la sienne, qu’il ne connaissait pas de toute façon. Au terme de la course, le chauffeur interrompit un énième baiser et leur enjoignit « d’aller faire leurs affaires ailleurs parce que son taxi n’était pas un hôtel ». En gloussant, les deux jeunes gens sortirent maladroitement du taxi, après que Damien eut jeté un billet sur le siège du conducteur.

xxx

Ils atteignirent à grand-peine l’appartement de Damien, trop occupés à s’embrasser, à se goûter l’un l’autre. Dès leur premier baiser, Damien avait renoncé à se soucier du fait qu’Élise n’était vraisemblablement pas en état de se rendre compte de ses actions. Quant à la jeune femme, si elle ne saisissait pas totalement l’ampleur de ses actes, elle ne pensait qu’au plaisir de se retrouver dans les bras d’un homme qui la faisait de nouveau se sentir femme. L’affreux Georges n’existait plus… Dans l’entrée, Damien débarrassa Élise de sa veste et de son sac et sema une pluie de baiser dans son cou et à la bordure de son décolleté. La jeune femme n’était pas en reste, puisqu’elle jeta à son tour le manteau de Damien par terre. Ils passèrent ensuite à la cuisine où Élise se retrouva assise sur le plan de table. Damien enleva son t-shirt avant de se pencher sur le ventre d’Élise pour, cette fois-ci, embrasser la peau fine de cette partie du corps féminin. Quelques minutes plus tard, ils étaient couchés sur le canapé. Damien n’avait plus que son caleçon tandis qu’Élise n’avait qu’à déplorer la perte de son haut, de son soutien-gorge et de ses chaussures. Au terme de ses longs préliminaires, ils finirent par se retrouver dans le lit de Damien, tous les deux dénudés, pour parfaire leur union. Ils s’endormirent enfin, épuisés au terme de cette longue nuit.

 

Élise ouvrit les yeux, réveillée par la lumière matinale. Elle resta allongée et observa le plafond pendant un long moment, le temps qu’elle rejoue dans sa tête toute la soirée passée. Puis elle soupira. Elle avait un mal de tête affreux… malheureusement, elle se souvenait parfaitement de tous les événements de la veille. Elle détestait ce qu’elle s’apprêtait à faire, d’autant plus que c’était la première fois qu’elle se retrouvait dans cette situation – avoir couché avec quelqu’un dont elle ne connaissait que le prénom et le métier. Bon sang, un footballeur ! Elle imaginait très bien la gêne de la confrontation du lendemain matin… très peu pour elle. Alors, aussi discrètement que possible, elle se leva pour ramasser ses vêtements disséminés un peu partout, de l’entrée du superbe appartement jusqu’au pied du lit, qui avait accueilli leurs ébats de la veille. Rien que les souvenirs de leur arrivée lui chauffèrent les joues. Bien sûr, il fallut qu’elle s’empierge dans les draps du lit, que la porte de la chambre grince affreusement en s’ouvrant, et qu’elle se cogne contre le coin d’une commode de l’entrée. Ce fut le coup de grâce : elle gémit et manqua de pleurer. Tandis qu’elle se redressait après avoir repris son souffle et ses esprits, tous ses vêtements de nouveau en sa possession, à part sa petite culotte qui restait introuvable, elle laissa échapper une exclamation de surprise. Damien se tenait devant elle, adossé au chambranle de la porte, les bras croisés.

– Tu allais quelque part ?

Gênée – elle avait effectivement très bien imaginé ! -, elle toussota, mais reprit rapidement son aplomb.

– Eh bien, oui, je rentre chez moi pour avoir le temps de me changer et d’aller au bureau. Tu sais, ajouta-t-elle en esquissant un large geste de la main droite, tout en retenant laborieusement ses vêtements de l’autre main, les manuscrits à corriger, les auteurs à rencontrer…

– Ta maison d’édition te fait travailler un dimanche ? lui demanda-t-il d’un air narquois.

Élise se serait giflée. Elle qui avait voulu éviter toute complication de sa situation déjà précaire, il ne lui restait plus qu’à exposer clairement son souhait d’une aventure d’une nuit, sans rien d’autre après. Elle détestait avoir à se justifier ou à s’excuser, et l’attitude impassible de son temporaire amant ne l’aidait vraiment pas. Aussi décida-t-elle d’entrer directement dans le vif du sujet :

– Bon, écoute Damien, je n’ai rien contre toi, cette nuit était géniale, et même plus, mais je pense qu’il vaut mieux s’en tenir là. Tu sais, je suis quelqu’un de très occupé par son travail et, toi et moi, ça ne collerait pas…

Il éclata d’un rire quelque peu moqueur et, bizarrement, cela la vexa. Il osait se moquer d’elle ?!

 

 

– Ne te mets dans tous tes états, je ne recherche pas non plus une relation à long terme. Après tout…

Damien décida de s’arrêter là avant d’enchaîner sur des mensonges ou de la braquer complètement. Si elle ne voulait rien de plus qu’une nuit, lui était plutôt pour continuer leur relation. Il lui semblait cependant moins compliqué d’aller dans son sens. Sans la laisser riposter, il enchaîna :

– Prends au moins le temps de te servir de ma douche et laisse-moi t’offrir un petit déjeuner. Après tout, dimanche est le jour du repos, lui dit-il en lui adressant un clin d’œil.

Alors qu’elle commençait déjà à s’éloigner d’un pas raide vers la salle de bains, il l’informa que sa petite culotte se trouvait accrochée sur la tête du lit. Une insulte lui parvint du fond du couloir. En secouant sa tête d’hilarité, il entreprit de préparer le petit-déjeuner.

Les deux jeunes gens mangèrent en silence, malgré les tentatives – ratées – de la part de Damien pour engager la conversation. Élise l’aida à ranger la vaisselle dans le lave-vaisselle et, une fois qu’elle eut terminé, elle récupéra son sac et sa veste. Tous deux étaient dans l’entrée et se regardaient d’un air gêné.

– Bon eh bien, je suppose qu’il est temps…

– Tu trouveras ton chemin ?

Élise et Damien avaient parlé au même moment. Ils rirent nerveusement. Mais la jeune femme rassura Damien. Elle connaissait parfaitement Paris et elle allait sûrement prendre un taxi. Damien acquiesça. Élise finit par se tourner vers la porte d’entrée et l’entrouvrit.

– Attends, on peut quand même se faire la bise, non ?

– Oui, oui bien sûr…, consentit Élise en se retournant pour lui faire face.

Elle leva la tête et se mit sur la pointe des pieds pour pouvoir atteindre sa joue, tandis que lui se penchait vers elle. Lorsque leurs joues s’effleurèrent, il se sentit submergé par le désir, exacerbé par l’odeur de vanille de la jeune femme. Sans prendre la peine de réfléchir, il s’empara de ses lèvres, doucement, les suçotant. Elle gémit et ne put s’empêcher de répondre à son baiser. Tout aussi vite qu’il avait commencé, le baiser cessa. Élise s’arracha à son compagnon avant de s’enfuir, en empruntant les escaliers, au lieu d’attendre l’ascenseur.

xxx

– Quoi ?! s’exclama Mélanie.

– Pas la peine de hurler, protesta Élise. Les autres vont se demander ce qu’il se passe.

– Je vais te dire, moi, ce qu’il se passe ! Tu es rentrée avec le Damien de mon équipe de football préférée…

– L’équipe de football préférée de Benjamin, corrigea Élise.

Mélanie la fusilla du regard.

– Ne m’interromps pas ! Tu as donc dormi avec ce Damien et puis, pouf !, tu es partie sans même lui demander ses coordonnées. Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ?! Tu imagines le nombre de filles qui auraient voulu être à ta place ?

– Eh bien, je la leur laisse volontiers. Damien est un footballeur.

– Ma petite, ce ne serait quand même pas du mépris que je perçois dans tes paroles ?

– À peine… enfin, on ne peut pas vraiment dire qu’ils soient réputés pour leur intelligence. Même un chien est capable de courir après une balle ! jeta Élise en haussant les épaules.

Elle rangeait des papiers et tournait le dos à Mélanie qui était assise, avec assurance, sur un coin dégagé de son bureau. Cependant, elle imaginait très bien la tête de son amie, qui était devenue fan de football depuis qu’elle avait rencontré Benjamin. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas par amour ? pensa ironiquement Élise.

– Franchement, Élise, tu me déçois ! Tu parles de généralités. Peut-être que Damien est différent. D’ailleurs, il l’est certainement puisqu’il a su voir quelle femme formidable tu es, même bourrée à la vodka. Enfin, quand tu ne te laisses pas influencer par tes généralités à deux balles.

Mélanie, devant l’absence de réaction de son amie, continua :

– Oui, je pense vraiment que tu as de la chance. Il est vraiment superbe, Élise… soupira-t-elle.

– Mélanie, j’apprécierais qu’on change de sujet. Certes, Damien est un bel homme, mais, entre nous, c’était terminé sans même que cela n’ait commencé. Notamment, parce que je n’avais pas tous mes esprits au moment de ces événements.

Sans paraître entendre ce que son amie lui disait, Mélanie continua sur un ton rêveur et quelque peu perplexe.

– Oui, vraiment, je ne comprends pas ce qu’il te trouve. Ne m’avais-tu pas dit que vous ne vous étiez pas échangé vos coordonnées ?

– C’est exact, Mélanie, répondit une Elise exaspérée.

– Dans ce cas, tu as dû lui dire où tu travaillais.

– Comment ?

Élise se retourna, prise de doute. Il ne pouvait tout de même pas être ici ?!

 

Damien savourait la surprise qu’affichait le visage d’Élise. Il avait relevé ses coordonnées au moment où elle avait pris sa douche, lors de la nuit qu’ils avaient passé ensemble. Ce n’était pas très fair-play, mais ce n’était pas de sa faute si Élise se baladait avec des cartes de visite dans son sac en soirée. Il remercia la secrétaire qui lui avait indiqué le bureau de la jeune femme, s’avança et toqua à sa porte. La collègue d’Élise la devança et accueilli Damien d’un ton très enjoué :

– Enchantée, je m’appelle Mélanie. Vous devez être Damien, n’est-ce pas ?

Il eut à peine le temps d’acquiescer, et encore moins de répondre à voix haute, que Mélanie se tournait vers Élise :

– Bon bah, je vous laisse. À tout à l’heure !

Damien hocha de nouveau la tête alors que la porte claquait derrière lui. Élise et lui s’observèrent quelques secondes, lorsqu’il se rappela qu’il tenait un bouquet de fleurs dans ses mains. Il s’empressa de le lui offrir.

– C’est pour m’excuser… te remercier…

Damien bafouilla en se rendant compte de ce qu’il s’apprêtait à dire. Faire référence à cette fameuse soirée n’était peut-être pas une bonne idée.

– C’est pour toi, finit-il par prononcer.

Élise s’empara du bouquet qu’il lui tendait et le remercia d’un sourire timide.

– C’est gentil, merci beaucoup, murmura-t-elle en observant les fleurs, de belles pivoines roses pâles. J’ai oublié quelque chose chez toi ? reprit-elle en fronçant les sourcils.

– Non, rien… Je passais simplement pour t’inviter à déjeuner, si tu n’es pas débordée de travail bien sûr, la taquina-t-il.

La flèche atteignit sa cible et la jeune femme rougit.

– Eh bien, j’imagine que pour me faire pardonner, je vais devoir accepter ta proposition !

– Te faire pardonner, à propos de quoi ? releva Damien.

– Je me suis un peu enfuie comme une voleuse, dimanche matin, et je m’en excuse. Mais…

– Ne t’en fais pas pour ça ! C’est déjà oublié, ou presque, la coupa-t-il.

Élise attrapa alors sa veste et son sac puis sourit à Damien, lui faisant comprendre qu’elle acceptait son invitation à déjeuner.

– Je suis prête !

– Alors allons-y ! répliqua Damien sur le même ton.

xxx

Au cours du mois qui suivit, Damien et Élise apprirent à se connaître et, à plusieurs reprises, ils se retrouvèrent pour aller au cinéma ou encore au restaurant.

La jeune femme avait tout de suite compris que Damien était loin d’être quelqu’un de superficiel, au contraire, et elle appréciait de plus en plus sa présence. Toutefois, elle n’osait pas lui avouer à quel point elle l’appréciait. Le souvenir de ce qu’ils avaient vécu, ce soir-là, ne cessait de la poursuivre. Leur relation resta amicale et, s’ils s’embrassèrent quelques fois d’une façon qui dépassait le stade des amis, cela n’alla jamais au-delà.

Damien, de son côté, était tombé sous le charme de cette jeune femme atypique, si éloignée de ce qui avait été, jusqu’à ce jour, son genre de femme. Il ne savait plus quoi faire pour réussir à lui avouer ses sentiments. Aussi, au bout de plusieurs semaines où ils se tournèrent autour sans grands résultats, Damien décida-t-il d’inviter Élise à venir assister à l’un des matches des jeunes qu’il entraînait.

xxx

Par une belle matinée de printemps, Damien vint donc chercher Élise à son appartement. Au bout d’une heure de trajet en voiture, ils finirent par arriver à leur hôtel, où ils prirent leurs chambres. Une fois qu’ils eurent déposé leurs bagages, ils se rejoignirent dans le hall et Damien proposa de visiter un peu la ville, ce qu’accepta Élise avec beaucoup d’enthousiasme. Alors qu’ils se baladaient dans un parc, ils se prirent la main dans un geste presque inconscient. Ils passèrent l’après-midi à discuter de tout et de rien, profitant des premiers rayons du soleil. Au terme d’une longue promenade, ils empruntèrent tout de même le chemin du retour. Cette après-midi avait passé à une vitesse folle, et Élise et Damien avaient conscience du plaisir que leur procurait leur compagnie réciproque. À leur retour à l’hôtel, ils dînèrent ensemble. Mais, au moment de se quitter, incapables de s’y résoudre après le si bel après-midi qu’ils avaient partagé, ils s’embrassèrent et terminèrent leur nuit ensemble, dans les bras l’un de l’autre.

Lorsqu’Élise se réveilla le lendemain matin, elle tâtonna de la main la place à côté d’elle et découvrit avec effarement qu’elle était vide. Damien n’avait tout de même pas osé la laisser seule ? Elle se redressa.

– Damien ? interrogea-t-elle.

Mais seul le silence de la chambre lui répondit. Dans un mouvement de colère, elle se leva et rejeta les draps brusquement. En effectuant ce geste, elle dérangea un morceau de papier qui tomba à ses pieds. Curieuse, elle se baissa pour s’en emparer. Elle aperçut son prénom apposé au bas de la feuille et s’empressa de déchiffrer la fine écriture.

Je suis désolé d’être parti aussi tôt et de t’avoir laissée seule, mais je devais rejoindre mes joueurs de bonne heure. On se voit au match, Damien.

PS : Tu es très certainement en colère, et c’est légitime. On s’expliquera ce soir.

On s’expliquera ? releva Élise toujours en colère.

Elle froissa le morceau de papier, le jeta à la poubelle, avant de rassembler ses vêtements pour retourner dans sa chambre.

 

Assise sur le siège qui lui avait été réservé par Damien, Élise observait attentivement le match. Étrangement, autant celui auquel elle avait assisté en compagnie de Mélanie lui avait paru ennuyeux à mourir, autant, en ce moment, elle participait joyeusement aux mouvements de la foule, qui acclamait les joueurs. Ce match avait aussi fait passer sa mauvaise humeur. Après tout, il lui était difficile de rester en colère contre Damien, quand elle le voyait aussi rayonnant de fierté en encourageant ses joueurs. Elle espérait qu’il pourrait enfin quitter son équipe, afin de pouvoir se concentrer sur ses entraînements pour les jeunes. Lorsque l’équipe de Damien marqua son troisième but, après la mi-temps, alors que l’équipe adverse n’en avait aucun, il devint évident qu’ils allaient gagner. Aussi Élise se calma-t-elle, et suivit-elle la fin du match avec un peu moins d’intérêt. Toutes ses pensées étaient dirigées vers l’homme sur le terrain de football. Elle se rendit compte qu’elle n’aurait jamais voulu qu’il soit différent. Elle l’aimait comme il était, footballeur de son état, du moins pour l’instant. Elle rit doucement, mais s’arrêta devant les regards curieux que ses voisins lui lançaient. Elle n’était plus en colère mais Damien allait tout de même devoir s’expliquer, pour son attitude de ce matin.

Élise avait projeté de rejoindre Damien sur le stade dès la fin du match, mais elle n’avait pas fini de se lever qu’il était déjà là, s’avançant vers elle à grandes enjambées, un sourire victorieux sur les lèvres.

– On a gagné ! lui dit-il en la rejoignant.

Elle rit de son enthousiasme.

– Oui, j’avais cru remarquer. C’était un beau match.

Sans lui laisser le temps de prononcer un mot, elle embraya sur le sujet qui lui tenait à cœur.

– Pourquoi m’as-tu laissée seule ce matin ?

Le sourire de Damien s’estompa un peu. Fixant Élise, il lui répondit d’un ton très sérieux :

– Je suis désolé pour ça, Élise, mais je ne voulais pas que tu te sentes gênée par ce qui s’est passé cette nuit.

La jeune femme hocha la tête, montrant à Damien qu’elle comprenait. Avec un peu de recul, elle devait reconnaître qu’elle se serait sentie mal à l’aise de se réveiller une nouvelle fois à ses côtés, sans avoir jamais évoquer ensemble, de manière approfondie, leur relation. Elle se hissa sur la pointe des pieds, attira à elle la tête de son footballeur et l’embrassa fiévreusement. Damien sourit contre ses lèvres et l’enlaça.

– Je voulais te dire… il se pourrait que je t’aime beaucoup, murmura Élise.

Un petit rire l’agita. Elle lui donna une tape sur l’épaule du revers de la main.

– Arrête de te moquer ! Tu sais que ce n’est pas facile pour moi de te dire ces choses-là.

– Je t’écoute, lui répliqua-t-il simplement. Cependant, la lueur de concentration, dans ses yeux, témoignait du sérieux qu’il accordait à cette discussion.

– Damien, je… je t’aime.

Il se contenta de l’embrasser fougueusement, sans parler. Puis, il posa son front contre le sien.

– Moi aussi, Élise, je t’aime.

Tout en achevant sa déclaration, Damien resserra son étreinte sur la jeune femme entre ses bras. Enfin, ils avaient cessé de se tourner autour, pour arriver à se déclarer mutuellement leurs sentiments.

Épilogue :

Élise buvait son champagne tout en observant, de loin, Damien entouré, ou plutôt submergé, par ses deux frères. Elle pouvait même distinguer son père qui s’approchait, visiblement vaincu par la bonne humeur et l’attitude amicale de Damien. Cela faisait trois mois qu’ils sortaient officiellement ensemble, et ils venaient de se fiancer, d’où le repas de famille. Elle soupira. Si on lui avait dit, il y a six mois, qu’elle rencontrerait un jour un footballeur et qu’ils seraient aujourd’hui fiancés, elle ne l’aurait jamais cru… Au même moment, l’objet des pensées d’Élise pivota sa tête dans sa direction et lui fit un clin d’œil. Cela interrompit sa réflexion et elle manqua de s’étrangler avec sa gorgée de champagne. Oui, Damien était l’exception qui confirme la règle – des joueurs de football peu intelligents.

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