Une charmante méprise

Cette année, j’ai de nouveau participé au concours de la nouvelle Romantique organisé par lesromantiques.com. Cette fois-ci, pas de prix mais je suis tout de même arrivée 5ème (ex-aequo avec deux autres nouvelles) sur un total de 12 nouvelles. Pour consulter les commentaires des lectrices, c’est par ici : cliquez ici.

J’ai un peu innové cette année puisqu’il s’agit d’une romance historique. Elle dépasse un peu les 12 pages par contre (cela m’a d’ailleurs été reproché dans les commentaires).

Trevillion image de Lee Avison

Résumé : Après quatre Saisons sans recevoir la moindre demande en mariage, lady Margaret Dower s’est peu à peu résignée à son sort de future vieille fille. C’était sans compter sur le destin qui, d’une surprenante manière, la met en présence d’un homme qui éveille en elle des sentiments nouveaux. 

Bonne lecture et n’hésitez pas à me laisser un commentaire après votre lecture, cela fait toujours plaisir !

Une charmante méprise

Londres, époque victorienne, 1851

Samuel était à peine monté dans son fiacre qu’il consulta sa montre et laissa échapper un juron. Un problème avec le contremaître l’avait retenu plus tard que prévu à son bureau, et il allait être en retard. Il fallait toutefois voir le bon côté des choses : il ne le serait pas suffisamment pour qu’on lui refuse l’entrée du club de l’Almack.

L’ironie de la situation ne lui échappait pas. Samuel n’avait aucune envie de se rendre à un bal ce soir-là, lui qui évitait le plus possible ces événements mondains. Il n’avait mis les pieds à un bal de l’Almack qu’une seule fois dans sa vie – ce qui lui avait suffi pour comprendre qu’il ne s’y rendrait pas une seconde fois. C’était sans compter sur ses deux sœurs cadettes qui faisaient cette année leur entrée dans le monde.

Quand Jane et Millie, qui étaient jumelles, avaient reçu leur carton d’invitation pour leur premier bal dans ce lieu, un passage obligé pour toutes les débutantes, elles avaient été transportées de joie. Au grand malheur de Samuel, cette joie avait tourné court.

Ces derniers jours, angoissées à l’idée qu’aucun cavalier ne les inviterait à danser, ses sœurs l’avaient imploré de les accompagner afin de leur accorder une danse à chacune. Leurs multiples supplications avaient fait céder Samuel. En même temps, qui aurait pu résister à la détermination de, non pas une, mais deux débutantes ? Certainement pas Samuel.

Pour ne pas arranger la situation, sa mère s’était montrée extrêmement ravie en apprenant qu’il accompagnerait ses sœurs. Un tel enthousiasme était effrayant et Samuel s’était promis de se tenir sur ses gardes. Depuis le temps que sa chère mère lui ressassait le même discours, à savoir qu’il était temps qu’il se trouve une épouse, il n’avait aucun doute sur le fait qu’elle espérait en profiter pour lui présenter une ribambelle de jeunes filles.

Au contraire de la plupart de ses amis, Samuel ne rejetait pas complètement l’idée du mariage. Il souhaitait néanmoins prendre le temps de trouver une femme qu’il apprécierait, pour qui il aurait de l’affection. Bref, une femme qui lui correspondrait. De plus, à l’âge de 29 ans, il considérait qu’il avait encore tout son temps – quoiqu’en pense sa mère.

La bonne nouvelle de la soirée était que sa cousine, de retour à Londres après avoir fait le tour du Continent avec son père pendant un an, serait présente au bal. Il lui tardait de la revoir : plus jeune que Samuel, ils jouaient ensemble au château familial quand il rentrait d’Eton, pour les vacances d’été. Pénélope avait été un bien meilleur compagnon de jeu que ses deux sœurs jumelles, à l’époque deux bambins braillards.

Son fiacre le déposa devant l’entrée du club et Samuel rejoignit à grands pas le vaste hall. Il patienta un moment pour qu’on le débarrasse de son manteau et de son chapeau, puis pour que son nom soit annoncé. Une fois ces formalités accomplies, Samuel se glissa dans la foule. Il salua quelques connaissances tout en cherchant un de ses pairs pour supporter avec lui cette épreuve. Il ne manquerait plus que sa mère lui mette la main dessus dès son arrivée.

Il repéra enfin un visage familier de l’autre côté de la salle. Jason Chase était un américain de passage à Londres pour affaires. Ils étaient justement en pleines négociations pour un important contrat qui pourrait rapporter gros à Samuel. L’américain s’était placé de façon stratégique, dans un coin reculé, en face du couloir menant aux vestiaires. En somme, l’endroit parfait pour voir et ne pas être vu. Ainsi que pour échapper aux hordes de jeunes filles que mère ne se gênera pas pour me jeter dans les bras, songea-t-il, soulagé. Il était sauvé pour la soirée.

Il s’apprêtait à le rejoindre quand un son magnifique – un rire bruyant, mais exultant de joie de vivre et indubitablement féminin – l’arrêta dans son élan. De même que plusieurs personnes dans l’assemblée, il se retourna pour voir la cause de cette agitation.

À l’entrée du couloir menant aux vestiaires, une jeune fille vêtue de la robe blanche typique des débutantes lui tournait le dos et discutait avec trois autres jeunes filles. À la vue de son buste agité de tremblements, dans un effort pour contenir son rire, il l’identifia sans difficulté. De petite taille, son épaisse chevelure brune était dressée sur sa tête en un haut chignon. Des dizaines de boucles s’échappaient de sa coiffure et virevoltaient à chacun de ses mouvements.

Il reconnut Jane parmi les trois jeunes filles. Sa sœur le remarqua à son tour et lui adressa un grand sourire. Elle ne semblait pas lui en vouloir pour son arrivée tardive – comme il l’avait anticipé, les angoisses de ses sœurs à propos du bal étaient injustifiées.

Son regard se reposa sur la demoiselle aux cheveux bruns qui lui tournait toujours le dos. C’est alors qu’il comprit. Il s’agissait de Pénélope. Son voyage devait l’avoir enchantée pour qu’elle en revienne aussi joyeuse. Tandis qu’il se rapprochait de leur groupe, il en fut de plus en plus persuadé. Il pensait se rappeler que sa cousine était un peu plus grande, mais il ne l’avait pas vue depuis un an.

Il était arrivé à moins d’un mètre lorsqu’il se décida à lui jouer un tour comme ils en avaient l’habitude, enfants. Il mit un doigt devant ses lèvres pour signaler à sa sœur de ne pas le dénoncer. Jane ouvrit sa bouche. Trop tard. Samuel passa à l’action avant qu’elle ait pu émettre le moindre son.

Il entoura de ses grandes mains la fine taille de sa cousine et se mit à la chatouiller. Tout à son plaisir de la surprendre, il ne se rendit pas immédiatement compte qu’il aurait mieux fait de s’abstenir de sa petite plaisanterie. Puis, il leva les yeux et aperçut le visage choqué de sa sœur. Sa cousine poussa une exclamation étouffée suivie par des cris offusqués. Samuel la lâcha aussitôt, craignant de lui avoir fait mal, tandis que plusieurs personnes de l’assemblée se tournaient vers eux.

Il fallait apaiser la situation au plus vite.

– Penny, calme-toi. Je suis désolé, je ne voulais pas te faire peur.

Pénélope se retourna pour lui faire face.

– Espèce de brute ! s’exclama sa cousine – qui ne l’était peut-être pas finalement.

Sa cousine avait des traits fins, presque poupins, que leur entourage comparait souvent à ceux d’un ange. Elle avait également des yeux bleus qui tranchaient joliment avec la couleur brune de ses cheveux.

Or, la femme qui se trouvait devant lui avait de hautes pommettes et son visage arrondi s’achevait par un menton trop en avant pour être harmonieux. Ses yeux noisette, sous des sourcils parfaitement dessinés, captaient toute l’attention de la personne qui l’observait. Elle avait une peau très pâle et il eut soudain envie de vérifier si elle était aussi douce qu’elle le paraissait. Loin de correspondre aux critères de beauté habituellement cités, il se dégageait néanmoins d’elle une force de caractère et une vive intelligence que de nombreuses personnes devaient lui envier.

Il se serait perdu dans la contemplation de ses yeux s’il n’avait été tiré de ses pensées par un claquement sec suivi par une sensation de chaleur sur sa joue gauche. Il porta sa main à son visage, ayant du mal à réaliser ce qui venait de se passer.

– Vous venez de me gifler ? demanda-t-il, ahuri.

La jeune femme – car, en dépit de sa robe de débutante, elle paraissait plus âgée que ses sœurs – semblait tout aussi stupéfaite à en juger par son expression ébahie. Elle se reprit vite.

– Vous venez de m’agresser, espèce de rustre !

L’agresser ? Il souhaitait juste faire une petite plaisanterie à sa cousine ! Bien sûr, il ne pouvait pas savoir qu’il se tromperait sur l’identité de sa cible… Samuel voulut le lui expliquer, mais elle ne lui en laissa pas le temps.

– Vous avez des manières fort déplorables, lord Alford, poursuivi sa belle inconnue d’un ton sec.

Samuel remarqua qu’elle connaissait son nom. C’était bien le style des jeunes filles à marier que d’apprendre par cœur le nom et le titre de tous les célibataires masculins de la noblesse anglaise.

Le souvenir de la gifle déjà loin dans son esprit, il tenta plutôt de s’excuser et de se faire pardonner. Peut-être même lui accorderait-elle une danse, s’il manœuvrait avec subtilité. Pour cela, rien de mieux que de se renseigner sur l’identité de son interlocutrice.

– Je ne crois pas que nous ayons été présentés, mademoiselle…

– Samuel, je te présente lady Margaret Dower, intervint Jane qui s’était rapprochée d’eux. Lady Margaret voici mon frère, lord Alford.

– Veuillez accepter mes excuses, lady Margaret, pour ce qui vient de se passer, dit Samuel d’une voix charmeuse en s’inclinant brièvement devant la jeune femme. Je vous ai malheureusement confondue avec ma cousine, lady Pénélope. Car, voyez-vous…

Sa tentative d’explication ou le ton enjôleur de sa voix – il n’arrivait pas à se décider – ne semblèrent pas plaire à lady Margaret dont la bouche se fit encore plus pincée si possible.

Samuel se surprit à éprouver le désir de dire une bêtise pour la faire rire et entendre une nouvelle fois le son magnifique qu’elle avait émis plus tôt.

– Je ne vois pas et je ne veux rien savoir. Vos propos sont vexants, lord Alford. J’espère ne pas avoir l’occasion de vous revoir.

Margaret rassembla ses jupes et, sans lui laisser le temps de répliquer, s’éloigna d’une démarche énergique. Derrière elle, Samuel resta ébahi par la tournure que les événements avaient prise. Jamais il n’avait voulu se montrer insultant. Cela s’était fait à son insu. Malgré la dernière phrase de lady Margaret, semblable à une sentence irrévocable, il ne put s’empêcher de penser qu’elle avait un sacré caractère.

– Oh, Samuel, ce que tu peux être maladroit parfois ! gémit sa sœur, restée à ses côtés durant sa discussion avec lady Margaret.

Samuel tourna son attention vers Jane qui le regardait d’un air navré.

– Pas la peine d’en rajouter, Jane. J’ai bien conscience que ma plaisanterie était déplacée. J’aurais dû m’assurer qu’il s’agissait bien de Penny.

Il poursuivit d’un ton songeur.

– Je ne suis pourtant pas mécontent de m’être mépris.

– Qu’est-ce que tu racontes encore, Samuel ?

– Eh bien, je suis très heureux d’avoir fait la connaissance de lady Margaret. Et je prédis que nos chemins se recroiseront dans très peu de temps.

Cette fois-ci, Jane posa sur lui un regard compatissant.

– Samuel, tu n’as rien compris. Ne l’as-tu pas entendu déclarer qu’elle souhaite ne plus jamais te revoir ? Si tu la poursuis, tu vas empirer la situation.

– Pourquoi ? Il arrive à tout le monde de se tromper ! Je suis sûr qu’elle peut le comprendre. Et je ne me suis même pas excusé convenablement.

– Tu lui as dit que tu l’avais confondue avec Penny, Samuel ! Lady Margaret a été blessée par ta remarque, poursuivit Jane. Imagine-toi à sa place : Penny possède une dot importante, elle est très jolie et, si elle n’est pas mariée à son âge, c’est uniquement à cause des voyages de notre oncle. C’est tout l’inverse pour lady Margaret.

Il fronça ses sourcils. Avait-il vraiment réussi à sous-entendre tout ça en une seule phrase ? Il en doutait – Jane avait toujours tendance à exagérer. De toute façon, il ne voyait pas où sa sœur voulait en venir.

– Tu penses que lady Margaret est un moins bon parti ? Je t’assure que non, Jane. N’as-tu pas remarqué ses yeux ? Elle a peut-être une dot moins importante, mais elle surpasse de loin Penny sur d’autres critères. Je ne suis pas en train de dire que notre cousine est moins belle, elle est juste, d’un certain côté, plus… fade.

Il repensa à sa robe de débutante. Sur ses sœurs, une telle robe mettait en valeur leur innocence. Ce n’était pas le cas chez lady Margaret. Il la voyait plus volontiers habillée dans des tons de bleu ou de vert qui feraient ressortir ses yeux fascinants.

– Et si je ne connais pas l’âge exact de lady Margaret, je doute qu’elle soit plus âgée que moi, rajouta-t-il.

Sa sœur le fixait désormais avec d’énormes yeux.

– Cela risque d’être intéressant, murmura-t-elle.

Décidément, il ne comprenait rien aux femmes ce soir. Non pas qu’il les comprenne mieux à d’autres moments de la journée.

– D’ailleurs, maintenant que j’y pense, commença Jane d’un ton taquin en changeant de sujet, ne serais-tu pas arrivé en retard, mon cher frère ?

– J’ai eu un problème de dernière minute au bureau. Et tu m’avais l’air de beaucoup apprécier cette soirée, quand je suis arrivé, donc je doute t’avoir manqué.

Samuel adressa un clin d’œil à sa sœur avant de lui présenter son bras pour l’entraîner vers la piste de danse où les couples se mettaient déjà en place pour la prochaine danse. Pendant qu’il dansait avec Jane, puis avec Millie, il ne cessa de revoir dans son esprit le visage d’une certaine jeune femme. Mais il eut beau scruter la salle de bal toute la soirée d’un œil attentif, il n’aperçut nulle trace de lady Margaret. Cependant, il ne se faisait aucun souci : il saurait la retrouver.

* * *

Au moment où Margaret ouvrit les yeux, elle se remémora ce qui s’était passé la veille lors du bal de l’Almack. Elle souhaita alors ne s’être jamais réveillée. Désespérée, elle laissa échapper un gémissement tandis qu’elle retournait se cacher sous les couvertures.

Plus la scène se rejouait dans son esprit, plus elle se sentait mortifiée. Elle pensa immédiatement aux conséquences de son acte. Son geste avait eu des dizaines de témoins, et les organisatrices de l’Almack avaient des yeux partout. Des aristocrates avaient été bannis de ce cercle élitiste pour moins que ça !

Margaret savait que ses inquiétudes étaient fondées. En effet, en allant récupérer ses effets personnels dans le vestiaire pour dames pendant que ses parents attendaient la voiture, elle avait aperçu madame Elliot et lady Rosenheim la suivre du regard en ricanant derrière leurs éventails. Ces dames comptaient parmi les commères les plus redoutées des débutantes. Elles se faisaient un devoir d’informer tout Londres dès qu’elles avaient connaissance d’un écart de conduite ou d’un scandale. Plus d’une réputation avait été ruinée par la faute de ces mauvaises langues.

Malheureusement pour elle, sa mère, lady Dower, adorait les rumeurs et n’hésitait pas à participer à leur propagation. Si Margaret avait réussi à la laisser dans l’ignorance en quittant précipitamment le bal, ce n’était désormais qu’une question d’heures avant qu’elle ne soit mise au courant.

Sous l’édredon, un soupir échappa à Margaret alors qu’elle s’imaginait déjà la réaction de sa mère. À coup sûr, elle se désolerait du fait que, pour la rare fois où sa fille avait eu l’occasion de discuter avec un noble titré et fortuné, elle avait préféré le frapper. Margaret était même prête à parier que sa mère oublierait volontairement que lord Alford l’avait abordée d’une manière toute sauf conventionnelle et que la haute noblesse le snobait à cause de ses activités professionnelles.

L’esprit de Margaret s’attarda presque malgré elle sur cet individu – elle se refusait à le désigner autrement. Sa présence à ce bal l’avait surprise, une fois remise de ses émotions. Il était rare de le voir dans de telles soirées. Si elle se souvenait bien des ragots entendus de sa mère – voilà qui, pour une fois, lui était utile – lord Alford avait hérité d’une entreprise fondée par son grand-père maternel, un riche roturier qui avait réussi à marier sa fille à un vicomte démuni. Cette entreprise lui avait permis de renflouer complètement la fortune familiale, car son père, qui avait accumulé des dettes jusqu’à sa mort, n’avait pas tardé à dilapider la dot de sa femme après son mariage. Lord Alford était un des rares aristocrates à pouvoir se targuer de n’avoir aucun besoin d’argent. Il n’était pas étonnant que la haute noblesse, complètement ruinée, le méprise. Le fait qu’il soit réputé pour être un homme sérieux certes, mais aux manières bourgeoises, n’améliorait pas les choses.

Elle se tourna sur le ventre pour serrer son oreiller dans ses bras. Inévitablement, les paroles de lord Alford lui revinrent. Margaret avait conscience qu’elle n’arrivait pas à la cheville de lady Pénélope. Avec sa faible dot et son physique peu avantageux, leurs situations étaient incomparables. Mais lord Alford pensait-il qu’elle l’ignorait ? Après toutes les remarques et les sous-entendus auxquels elle avait eu le droit depuis son entrée dans le monde, cela aurait été un exploit de ne pas savoir qu’on la surnommait le « vilain petit canard » ou que les bons partis évitaient de l’inviter à danser de peur qu’elle ne se fasse de fausses idées sur leurs intentions.

La fausse excuse de lord Alford n’avait été, au fond, que le catalyseur, la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase. Jamais elle n’avait répondu à une insulte, encore moins en agressant celui qui en était l’auteur. Margaret devait pourtant s’avouer qu’elle avait retiré un certain contentement de son acte. Pour une fois dans sa vie, elle avait agi plutôt que de subir.

Un coup à la porte l’informa de l’entrée de Nelly, la femme de chambre. Margaret s’empressa de s’extraire des couvertures et d’afficher un visage aussi heureux que possible. Inutile d’alerter Nelly qui rapporterait tout à sa mère ensuite. Un coup d’œil à l’horloge l’avertit qu’il était temps de se lever si elle ne voulait pas être en retard.

Le mardi matin était son moment à elle et Margaret n’aurait raté cela pour rien au monde. Toutes les semaines, elle se levait de bonne heure afin de se rendre au marché de Covent Garden, avant qu’il n’y ait foule. Elle y allait seule, accompagnée d’une bonne, car sa mère refusait de mettre les pieds dans ce quartier, même si les derniers aménagements avaient chassé toutes les dames de petite vertu qui arpentaient jadis ces lieux. 

Une heure après, Margaret était arrivée au marché. Il était plus tard que d’ordinaire et du monde se pressait aux différents étalages. Cela ne l’empêchait pas d’apprécier sa promenade. Elle aimait se promener dans les étroites allées qui dévoilaient aux yeux des promeneurs curieux des fruits et des légumes du plus commun aux plus exotiques. Margaret s’était arrêtée devant l’étal d’une fleuriste lorsqu’elle fut abordée par deux jeunes filles qu’elle reconnut aussitôt.

– Bonjour, lady Margaret, s’exclamèrent en chœur les deux jumelles en s’arrêtant à sa hauteur.

Margaret leur rendit leur salut en essayant de masquer sa gêne, mais également sa surprise. Elle aurait pensé qu’elles l’éviteraient après l’incident de la veille.

– Mesdemoiselles, comment allez-vous ? Avez-vous apprécié la soirée d’hier soir ?

Elle leur posa cette dernière question après une seconde d’hésitation. Mais son appréhension n’avait pas lieu d’être. Jane et Millicent se lancèrent dans un exposé détaillé de toutes les danses que les gentlemen leur avaient accordées ainsi que de tous les commérages qu’elles avaient glanés la veille.

Pendant leur monologue – les deux sœurs ne s’écoutaient pas et s’interrompaient l’une l’autre sans cesse – Margaret en profita pour les détailler. Elle était prête à parier que les deux jeunes filles deviendraient les coqueluches de Londres avant la fin de la Saison. Elles étaient adorables dans leurs robes aux tons rosés pour Jane et verts pour Millicent, leurs cheveux blonds coiffés à la dernière mode parisienne. Leur couleur de cheveux était d’ailleurs très différente de celle de leur frère, qui les avait châtains.

– La meilleure chose à retenir de cette soirée, c’est tout de même que notre frère y a assisté sans rechigner, finit par conclure Millicent.

– D’ailleurs, renchérit Jane, je veux m’excuser pour la maladresse qu’il a commise. Il vous a vraiment confondu avec notre cousine lady Pénélope. Elle devait nous rejoindre au bal, mais elle a eu un contretemps.

– Ne vous inquiétez pas pour ça, Jane. Je me suis un peu emportée hier soir, répondit Margaret d’une petite voix.

Après y avoir réfléchi en se réveillant, le geste de lord Alford lui semblait moins offensant.

– J’étais sûre que vous comprendriez !  Et, je vous rassure Margaret– je peux vous appeler seulement Margaret, n’est-ce pas ? – j’aurais agi de la même façon dans une telle situation. (Jane secoua la tête en signe de désolation, imitée par Millicent.) Il a beau être notre frère aîné, Samuel adopte souvent un comportement enfantin.

– C’est à croire qu’il régresse, ajouta Millicent.

Les deux sœurs poussèrent un profond soupir comme si leur frère était un fardeau qu’elles supportaient avec peine. Il y eut à peine une seconde de silence puis Jane reprit la parole, tout excitée. Margaret ne put s’empêcher de faire le parallèle avec sa mère qui avait la même expression quand elle avait connaissance d’un ragot particulièrement croustillant. 

– J’ai une nouvelle qui vous paraîtra incroyable, Margaret, mais je suis sûre de moi. Voyez-vous, je pense que mon frère est tombé sous votre charme.

C’était bien la dernière révélation à laquelle elle s’attendait. Margaret fixait une Jane tout excitée, sautillant sur place, tandis que sa sœur poussait un petit cri de surprise. Tombé sous son charme ? C’était plutôt Jane qui était tombée sur la tête ! De toute façon, Margaret avait été catégorique : Alford n’avait pas intérêt à s’approcher d’elle à nouveau. D’ailleurs, pourquoi en aurait-il envie après la gifle qu’elle lui avait donnée ? Dans tous les cas, ce n’était pas un sujet dont on discutait avec les petites sœurs de l’intéressé.

– En es-tu sûre, Jane ? Pourquoi ne me l’as-tu pas dit ? Quand l’as-tu su ? s’exclama Millicent, aussi stupéfaite que Margaret.

– Je suis désolée, Millicent, j’étais fatiguée hier soir et je n’y ai plus pensé. Cela m’est revenu ce matin : au petit-déjeuner, Samuel sifflotait joyeusement en lisant le journal.

Jane se tourna vers elle et Margaret se tortilla sous son regard perçant.

– Cela ne lui arrive jamais, souligna-t-elle. D’habitude, lire toutes ces tristes nouvelles le rend morose – je lui ai conseillé de ne lire que la colonne consacrée aux mondanités, mais Samuel n’écoute jamais mes très bons conseils. Et puis, hier soir, après votre, hum, rencontre, il n’a cessé de parler de vous. Il a même laissé entendre qu’il voulait vous revoir !

– C’est hors de question. Vous m’avez parfaitement entendue hier soir, Jane, quand je lui ai dit que je ne souhaitais plus jamais le revoir, rétorqua Margaret.

Avaient-elles entendu sa voix flancher sur les derniers mots ?

Jane et sa sœur se contentèrent de sourire en la fixant d’un air pensif. Margaret eut la sensation d’être le sujet d’une expérience à laquelle elle ignorait participer.

– Laissez-lui le bénéfice du doute, lui conseilla Millicent.

Sur ce, elles la saluèrent puis Jane attrapa sa sœur par le bras avant de s’éloigner en compagnie d’une jeune domestique. Margaret resta un moment immobile, interloquée par cette discussion jusqu’à ce qu’une marchande la presse de venir sentir le délicieux parfum de ses fleurs.

* * *

Margaret, qui avait eu du mal à croire les révélations que Jane lui avait faites au marché, dû reconnaître qu’il y avait une part de vérité dans ses propos lors du bal de lady Hatton, deux jours plus tard. Quand elle vit lord Alford s’approcher du coin des douairières où elle était assise, elle en fut très surprise. Elle n’accepta l’idée que c’était elle qu’il venait voir qu’au moment où il s’inclina devant elle.

– Lady Margaret, la salua-t-il.

Elle resta sur sa chaise, levant sa tête pour pouvoir le regarder. Qu’elle soit contente de le voir ne comptait pas.

– Je croyais m’être montrée claire sur ce que je pensais d’une autre rencontre, lord Alford.

– Vous ne m’avez même pas laissé le temps de m’excuser correctement ! protesta-t-il aussitôt. Je n’avais  pas vu ma cousine depuis un an et, de dos, il est aisé de vous confondre. Je reconnais cependant que je me suis montré maladroit, et j’en suis désolé. Laissez-moi me faire pardonner, poursuivit-il. Pourquoi ne pas m’accorder la prochaine danse ?

Des sentiments mêlés se bousculèrent en elle. Margaret était touchée qu’il soit venu s’excuser. Il y avait également longtemps qu’un gentleman autre qu’une connaissance de son père ne l’avait pas invitée à danser. Elle hésita pourtant devant la main tendue que lui présentait lord Alford.

– Vous le regretterez si vous restez assise dans votre coin toute la soirée, la prévint-il.

Il avait raison. Margaret souhaitait plus que de simplement regarder les autres jeunes filles danser. De plus, elle aurait ainsi l’occasion de passer un peu de temps avec Alford et, peut-être, de réviser son opinion à son sujet, essaya-t-elle de se convaincre. Elle glissa sa main gantée dans la sienne et il l’aida à se relever. Tandis qu’ils se dirigeaient vers la piste où les musiciens accordaient leurs instruments pour la prochaine danse, il lui glissa à l’oreille :

– Vous avez fait le bon choix.

Margaret faillit lever les yeux au ciel devant la suffisance de sa remarque.

– Concentrez-vous plutôt sur vos pas pour ne pas m’écraser les pieds ! répliqua-t-elle.

Le petit rire qu’émit lord Alford fut comme un coup au cœur pour Margaret qui observa avec attention son visage joyeux, sur lequel apparaissaient déjà de fines rides. Les pattes-d’oie aux coins de ses yeux l’informèrent que c’était un homme plein d’humour. D’après leur précédente rencontre, Margaret soupçonnait qu’il avait tendance à s’enthousiasmer pour un rien. Les cernes sous ses yeux, par contre, étaient la preuve d’un homme sérieux qui s’investissait dans son travail.

Pendant leur danse, Margaret fit abstraction de la foule qui les entourait. Elle se concentra plutôt sur les sensations qu’elle éprouvait. Les pas assurés de lord Alford lui donnaient l’impression d’être aussi légère qu’une plume. Dans ses bras, elle se sentait protégée. Margaret n’avait qu’une envie que cette danse ne s’arrête jamais.

À cet instant, un choc lui fit perdre son équilibre. Elle serait tombée si lord Alford n’avait pas resserré son étreinte autour de sa taille.

– Faites attention où vous allez ! s’exclama lord Alford en direction du couple qui venait de heurter Margaret.

– Je suis navré, je ne vous avais pas vu, Alford. Je vous présente toutes mes excuses, lady Margaret.

Lord Melville semblait vraiment désolé et, tout en se dégageant de l’étreinte d’Alford qu’elle sentait tendu, Margaret esquissa un petit sourire afin de le rassurer. La partenaire de lord Melville lui adressa alors un regard dédaigneux que ne put ignorer Margaret. Elle se sentit pâlir. Cette collision était-elle due à de la maladresse de la part de Melville, ou bien sa partenaire avait-elle manœuvré pour la heurter ? Des larmes envahirent ses yeux tandis que Margaret se souvenait de la raison pour laquelle elle préférait rester assise en compagnie des douairières.

– Vous avez besoin d’un peu d’air frais, décréta alors lord Alford en la dirigeant vers les portes-fenêtres qui donnaient sur une terrasse.

À partir de là, il était possible de se rendre dans les jardins de lady Hatton, ce que de nombreux couples avaient déjà fait. Sans résister, Margaret se laissa entraîner vers un banc en pierre, un peu à l’écart dans le jardin. Quelques larmes s’échappèrent de ses yeux et elle accepta de bonne grâce le mouchoir que lui tendit lord Alford.

– Pourquoi m’avoir fait danser ? lui lança-t-elle d’un ton amer. En tout cas, j’espère que vous vous êtes bien amusé de me voir humiliée !

Alford s’accroupit devant elle et lui saisit les mains, les serrant fort entre les siennes.

– Ne laissez pas la colère vous faire agir d’une manière que vous le regretterez plus tard. Je vous jure que je n’ai jamais eu l’intention de vous ridiculiser. Un mot de vous et j’irai me battre en duel contre tous ceux qui vous ont maltraitée.

Margaret esquissa un petit sourire à ses paroles, ce qui était certainement le but d’Alford. La sensation de protection qu’elle avait éprouvée plus tôt la submergea de nouveau. Pour la première fois, quelqu’un se proclamait son chevalier servant. Ce n’était pas désagréable de se sentir suffisamment importante aux yeux d’une personne pour que celle-ci veuille vous défendre. C’était aussi la définition que se faisait Margaret d’un ami.

Mais comment croire lord Alford alors qu’il était un des seuls à lui montrer de la sollicitude ? D’une main, Margaret serra le mouchoir dans son poing. Elle détestait être autant sur ses gardes. Néanmoins, comment faire autrement alors que, depuis plus de quatre ans, elle surveillait tous ses faits et gestes pour ne pas commettre d’impairs et se méfiait des personnes qu’elle côtoyait quotidiennement ?

Devant son air mélancolique, Alford ressentit une nouvelle fois le besoin de la secouer pour la faire réagir.

– Je dois vous avouer que vous me surprenez, Margaret.  Je ne pensais pas que des rumeurs colportées par des personnes imbues d’elles-mêmes, qui ne savent rien faire de leurs dix doigts, suffiraient à vous abattre. Sapristi, vous m’avez giflé avant de me congédier comme un malpropre ! Au lieu de vous en prendre à des innocents, attaquez-vous à ceux qui médisent à votre propos.

Margaret fut d’abord indignée par ses propos. Comment osait-il lui faire la leçon, alors qu’il ne savait pas ce qu’elle devait endurer jour après jour ? Le souvenir des commérages sur lord Alford la retint juste à temps de lui lancer une remarque cinglante. Peut-être la comprenait-il, finalement. Une autre émotion effaça son indignation. Elle était secrètement soulagée qu’il évoque avec insouciance ce qui s’était passé à l’Almack et qu’il en parle avec une pointe d’humour.

– Margaret, promettez-moi de les ignorer. J’ai conscience que votre mère doit rarement vous laisser choisir librement, mais n’essayez plus de vivre pour faire plaisir à votre famille. Vivez pour vous-même. Quant aux commères, ne les écoutez pas. Elles n’en valent pas la peine.

Margaret se répéta plusieurs fois ces paroles et trouva qu’elles sonnaient juste.

– Vous avez raison, reconnut-elle dans un souffle.

Ce fut au tour de lord Alford de lui adresser un large sourire. Le cœur de Margaret s’accéléra quand ses doigts – il tenait toujours ses mains entre les siennes – dessinèrent des arabesques dans le creux de sa paume en un geste inconscient. Son toucher, doux et léger, la fit frissonner. Les sourcils de lord Alford se froncèrent aussitôt.

– Rentrons, il ne faudrait pas que vous attrapiez froid.

Une fois debout, ils reprirent le chemin vers la salle de bal bondée. Avant d’atteindre la zone éclairée du jardin, où ils seraient à la vue de tout le monde, Margaret le retint par le coude.

– Milord, je…

Margaret chercha une manière de lui exprimer le mieux sa reconnaissance, mais il n’y avait aucune formule de politesse capable de lui transmettre tous les sentiments qu’elle éprouvait à cet instant.

– Merci beaucoup, se contenta-t-elle de lui dire dans un souffle.

Sur une impulsion, elle se hissa sur la pointe des pieds pour lui donner un baiser sur la joue.

***

Samuel respirait à plein poumon l’air frais, imprégné de l’humidité de la pluie nocturne. Cette garden-party qui avait lieu au château du comte de Lincoln, avait au moins un avantage – mis à part la présence de Margaret, bien sûr : durant le séjour de quatre jours, les invités pouvaient profiter de toutes les merveilles du domaine, dont faisait partie le parc qui entourait la demeure. S’il n’avait pas pour habitude de se promener dans des jardins à une heure aussi matinale, Samuel était cependant habitué à se lever tôt depuis qu’il gérait l’entreprise de son grand-père.

Ce matin, il avait néanmoins une autre raison pour s’être réveillé à l’aube. Grâce à ses sœurs, il savait que Margaret se rendait au marché de Covent Garden tous les mardis matins. Même en étant invité à une garden-party, Samuel était prêt à parier qu’avec l’habitude, elle serait levée. Il commençait à bien la connaître et, de toute façon, il n’était pas bien difficile de deviner où pouvait aller une jeune femme qui se réveillait tôt pour admirer des fleurs.

C’était cependant plus simple en théorie qu’en pratique. Samuel avait en effet négligé un léger détail : la comtesse de Lincoln aimait faire les choses en grand. Un principe qu’elle avait appliqué à ses jardins. Et, après une heure de recherches infructueuses, Samuel s’apprêtait à renoncer. L’éventualité qu’il se soit trompé lui effleura l’esprit. Margaret avait peut-être préféré la chaleur de ses draps à ce vent vivifiant. Même s’ils étaient en été, le temps s’était rafraîchi avec la dernière averse. Dépité, il allait faire demi-tour quand il l’aperçut.

Même s’ils s’étaient déjà croisés à plusieurs reprises depuis le début de la garden-party, Samuel ressentit la même impression d’émerveillement que lorsqu’il l’avait vue le premier jour, en arrivant au château du comte de Lincoln. Elle était resplendissante.

Margaret déambulait sur l’allée perpendiculaire à la sienne, ce qui lui permit de l’observer avec attention. Au lieu d’une habituelle robe blanche ou bien couverte de volants, elle portait une robe vert pâle dénuée de fanfreluches. Cette coupe sobre la mettait en valeur et soulignait sa mince silhouette. Samuel soupçonnait que ses paroles durant le bal de lady Hatton n’étaient pas étrangères à ce changement.

De l’autre côté de l’allée, Margaret releva brusquement la tête et Samuel sut qu’elle l’avait repéré. Il accéléra inconsciemment le pas. Les deux allées convergeaient et ils n’allaient pas tarder à se rejoindre. Seuls trois mètres les séparaient, plus que deux… Samuel s’inclina devant une Margaret aux joues rosies.

– Bonjour, lord Alford, le salua-t-elle. Je ne vous savais pas adepte des promenades matinales.

– Par ce temps, je préfère le confort d’un matelas moelleux, mais savoir qu’une jeune dame erre seule dans les jardins m’a poussé à aller lui tenir compagnie.

– C’est très gentil à vous, commença Margaret dont le coin des lèvres se retroussait lentement, mais…

– Pas de, mais, Margaret. Je comprends tout à fait que ma présence vous manque à chaque instant.

Avec un clin d’œil, il se saisit de sa main pour la poser au creux de son bras. Sans la laisser protester, il l’entraîna avec lui. Si Samuel ne savait pas où ils se situaient exactement dans le parc, il était sûr d’une chose : il ne souhaitait pas rencontrer d’autres invités.

Ils cheminèrent en silence pendant un moment, en direction du fond du jardin. Samuel s’était d’abord creusé la tête pour trouver un sujet de conversation mais le silence entre eux était agréable. La main de Margaret reposait toujours au niveau de son coude et il devait se forcer pour ne pas s’en saisir et la couvrir de baisers. Il ne s’arrêterait pas à sa main d’ailleurs. Il remonterait le long de son bras, glisserait sur son épaule gauche, avant d’atteindre le creux de sa clavicule où il déposerait un doux baiser. Puis, il se dirigerait vers…

Samuel s’ébroua mentalement pour faire disparaître ces pensées dangereuses. Il ne devait pas oublier qu’ils se promenaient seuls, loin des regards des autres invités – même s’il n’était pas assez naïf pour ne pas deviner que de nombreux domestiques invisibles devaient patrouiller dans le domaine et les jardins. La comtesse de Lincoln était réputée pour avoir le scandale en horreur.

La sensation d’être observé lui fit jeter un regard en coin à sa compagne, tout aussi silencieuse que lui. Margaret tourna brusquement la tête à l’opposé. Trop tard. Un sourire ravi illumina le visage de Samuel. Savoir qu’elle le contemplait à la dérobée l’emplit d’une joie euphorique.

Et cela lui apporta la confiance dont il manquait.

Ces derniers jours, alors qu’il hésitait à accompagner ses sœurs à cette garden-party, Samuel avait fini par se décider : à l’occasion de ce séjour, il demanderait la permission à Margaret de la courtiser. À vrai dire, il avait aussi acheté une bague de fiançailles, qu’il portait en ce moment même dans la poche intérieure de sa redingote. Par contre, il ne voulait surtout pas l’affoler ni la presser. Si elle n’était pas sûre de ses sentiments envers lui, il lui donnerait le temps qu’elle voudrait pour réfléchir à sa proposition.

En effet, depuis leur rencontre, qui avait été tout sauf conventionnelle, Margaret n’avait pas quitté ses pensées. Et les quelques fois où ils s’étaient revus n’avaient fait que renforcer son admiration et son désir pour la jeune femme. Samuel avait fini par reconnaître que ces différents sentiments n’en formaient qu’un seul. Il était amoureux.

Les mains moites à l’idée de lui avouer ses sentiments, Samuel balaya le paysage qui s’offrait à ses yeux pour déterminer l’endroit idéal. À l’ombre de ces bosquets en fleurs ? Non, pas assez romantique… Son regard se fixa alors sur une rangée de hautes haies. Un labyrinthe. Une idée commença à se former dans son esprit.

Le vent frais lui fouettait le visage et Margaret resserra son châle autour de ses épaules d’une main, l’autre reposant toujours sur le bras de lord Alford. Samuel, la corrigea son esprit. S’il avait déjà pris la liberté de l’appeler par son prénom, elle n’osait pas l’imiter, même si ce n’était pas l’envie qui lui manquait. C’était simplement trop intime. Après tout, Samuel considérait sans doute qu’ils étaient amis, rien de plus. Comment réagirait-il s’il venait à comprendre qu’elle éprouvait pour lui autre chose qu’une simple amitié ?

Ils bifurquèrent soudain vers l’entrée de ce qui ressemblait fort à un labyrinthe. Le passage paraissait sombre et Margaret tira sur le bras de Samuel pour le faire ralentir. Elle préférait poursuivre leur promenade dans les bosquets de fleurs.

– Attendez, le retint-elle, je ne suis pas sûre de vouloir entrer dans ce labyrinthe. Il commence à se faire tard et je ne voudrais pas que ma mère s’inquiète de mon absence prolongée.

Samuel, inhabituellement silencieux alors qu’il l’avait plutôt habituée à des réparties pleines d’humour, se tourna vers elle.

– N’avez-vous pas envie d’essayer de trouver le centre du labyrinthe ? Je vous promets que si cela prend trop de temps, nous ferons demi-tour et vous serez rentrée à l’heure pour le petit-déjeuner. 

– Je suis sûre que lord Barrington a exagéré quand il a raconté cette anecdote hier soir, dit Margaret en secouant la tête. Cet homme ne serait pas capable de survivre deux heures seul, sans son précieux valet. Alors, passer deux jours à errer dans ce labyrinthe dans le but d’en trouver le centre ? Je n’y crois pas une seconde !

Samuel rit.

– J’ai du mal à le croire aussi. Mais n’êtes-vous pas  un peu curieuse ? Même la comtesse ne l’a jamais trouvé !

Margaret hésita un moment.

– J’accepte de vous accompagner à la condition que vous n’oubliiez pas votre promesse.

Elle avait à peine terminé sa phrase qu’il l’entraîna à sa suite. Si elle fut soulagée de constater que Samuel avait retrouvé son caractère enjoué, c’est avec prudence qu’elle s’enfonça dans l’étroit passage laissé par les hautes haies.

– Nous l’avons trouvé !

Un espace était effectivement aménagé dans une modeste clairière, encadrée par les haies du labyrinthe. Une large fontaine, dont les jets d’eau étaient éteints, à moitié remplie par l’eau de pluie, trônait en son centre, surmontée par la statue d’un cupidon qui brandissait fièrement son arc. Trois bancs étaient également dispersés ici et là.

– Je ne pensais pas que ce serait aussi charmant, murmura Margaret.

Elle s’était plutôt imaginé un endroit abandonné et envahi par les herbes folles. Margaret détacha sa main de la poigne de Samuel et fit le tour de la clairière. Inconsciente de l’attention accrue de son compagnon à son égard, elle poursuivait son inspection. Elle allait s’asseoir sur un banc quand il s’avança vers elle.

Samuel ouvrit la bouche plusieurs fois, comme s’il cherchait ses mots, et se passa la main dans ses cheveux. Il paraissait si indécis qu’elle ne pût s’empêcher de se raidir. Qu’allait-il lui annoncer ?

– Margaret, je…

Entendre son prénom prononcé par sa voix grave fit virevolter des papillons au fond d’elle. Le cœur battant, elle n’osait y croire. Allait-il lui avouer ses sentiments ? Elle se reprocha aussitôt cette pensée. Ils n’étaient pas dans un rêve, mais dans la réalité. Les chances pour que Samuel partage ses sentiments étaient minimes… D’autant qu’elle avait fait attention à ne pas avoir de gestes ou de paroles qui la trahissent. Avait-elle fait une erreur en lui cachant ses émotions ? Refusant de se torturer de la sorte plus longtemps, Margaret reporta son attention sur Samuel.

Les mots semblaient le fuir. Elle l’observa fouiller dans les poches de sa redingote. Il se saisit ensuite de sa main. Interdite, Margaret ne put que le regarder déposer un petit objet dans la paume de sa main avant qu’il ne referme ses doigts autour. Samuel laissa ses doigts serrés autour de sa main, l’empêchant de l’ouvrir. Malgré sa précaution, elle distingua aisément à travers son gant la forme caractéristique d’un anneau. Les battements de son cœur échappèrent à son contrôle.

– J’ai voulu rendre ce moment aussi romantique que possible mais je ne sais pas si c’est réussi. Voyez-vous, c’est la première fois que je fais cela…

– C’est la première fois pour moi aussi, le rassura-t-elle avec un petit sourire timide.

– Oui. Bien sûr. Je voulais donc vous dire que…

Samuel prit une profonde inspiration qui donna l’impression à Margaret qu’il allait se jeter dans le vide.

– Je vous aime.

Il m’aime. Elle en resta stupéfaite. La surprise fit place au ravissement tandis qu’elle prenait conscience de ce qu’il venait de lui déclarer. Samuel l’aimait ! Pleine d’espoir, elle s’éclaircit la voix.

– Je dois à mon tour vous dire quelque chose.

Margaret était déterminée à lui faire savoir que son amour était partagé.

– J’ai bien conscience que je vous prends de court, enchaîna Samuel comme s’il craignait d’entendre ce qu’elle avait à lui dire. Cela fait peu de temps que nous nous sommes rencontrés et voilà que je vous déclare que je vous aime… Je comprendrais que vous n’acceptiez pas tout de suite ma proposition. Néanmoins, sachez que mes sentiments pour vous sont réels et profonds. (Il fit un large geste de la main pour se désigner ainsi que la clairière.) Je ne fais pas tout cela sur un coup de tête.

– Oh, Samuel, murmura Margaret profondément touchée par ses paroles.

Elle voulait à tout prix le rassurer. Elle éviterait, bien entendu, de lui faire remarquer qu’il ne lui avait pas demandé de manière explicite de l’épouser. Cela n’avait de toute façon aucune importance. Sa réponse était « oui ».

Face à la fontaine, Samuel lui tournait le dos. Bien décidée à lui montrer qu’elle éprouvait de semblables sentiments à son égard, elle passa l’anneau qu’il lui avait offert à son doigt, en sécurité. Elle prit ensuite son courage à deux mains.

– Samuel, regardez-moi, lui enjoignit-elle.

Quand il se fut retourné, elle s’avança vers lui et ne lui laissa pas le choix. Se hissant sur la pointe des pieds, elle l’attrapa par les épaules. Leurs yeux se rencontrèrent. Les prunelles de Samuel brûlaient d’une intensité comme elle n’en avait jamais vu. La seconde suivante, alors qu’elle avait prévu de l’embrasser, ce fut sa bouche qui fondit sur la sienne dans une étreinte passionnée. 

Dans un premier temps, surprise par ce contact encore inexpérimenté, Margaret se raidit et tenta de le repousser. À ce moment, Samuel approfondit son baiser et envahit sa bouche. En réponse, elle laissa échapper un gémissement de plaisir qu’il cueillit sur ses lèvres. Ses mains n’essayèrent plus de le repousser, mais glissèrent le long de son torse. Le bas-ventre de Margaret s’embrasa et elle se surprit à regretter qu’il y ait autant de couches de vêtements entre eux.

Une des mains de Samuel se déplaça sur sa nuque tandis que la deuxième quittait ses hanches pour se déplacer vers le haut, vers ses seins rendus sensibles par le désir. Absorbée par ces émotions intenses, Margaret tenta de se rapprocher de lui. Ne s’attendant pas à ce mouvement, Samuel recula et heurta le bord de la fontaine derrière lui.

Un grand « plouf » retentit et Margaret se retrouva seule.

Samuel jeta un regard interloqué en direction de la jeune femme, échevelée par leur baiser, qui se tenait devant lui. Ses mains étaient plaquées sur sa bouche. Il poussa un grognement tout en maudissant le destin. Il n’y avait qu’à lui qu’il arrivait des accidents pareils !

Comme si les choses ne pouvaient qu’empirer, des voix retentirent et il distingua parmi elles la voix de lord Barrington, extatique. Samuel poussa un juron, reprit par Margaret, qui les avait aussi entendues. Si on les découvrait dans cette situation, il en serait fini de leur réputation, et plus particulièrement de celle de Margaret. Or, il voulait faire les choses dans les règles. S’ils devaient se marier – et, après le baiser qu’ils avaient partagé, Samuel était assez confiant quant à la réponse de la jeune femme – ce ne serait pas à cause d’un scandale mais parce qu’ils s’aimaient.

– Oh, mon Dieu, répéta-t-elle plusieurs fois. Je suis absolument navrée, c’était un accident. Je voulais me rapprocher, pas vous faire tomber dans la fontaine !

– Je le sais bien, ma chérie, la rassura-t-il. Ne vous en faites pas pour moi, je vais me débrouiller. Quant à vous, dépêchez-vous de rentrer au château pour qu’ils ne vous voient pas !

Margaret empoigna ses jupes et, après avoir adressé un regard désolé à Samuel, qui tentait de s’extraire de la fontaine, elle s’empressa de quitter la clairière par le chemin opposé à celui d’où arrivaient lord Barrington et ses compagnons.

***

Depuis que Samuel lui avait avoué ses sentiments durant la garden-party de la comtesse de Lincoln, Margaret vivait sur un petit nuage. Malheureusement, ils n’avaient pas eu l’occasion de se revoir puisque Samuel avait été très occupé. Elle aussi, d’ailleurs. Une fois rentrées à Londres, sa mère et elle avaient été submergées par les invitations. C’était incroyable de constater à quel point un changement de style vestimentaire pouvait influencer l’opinion des gens.

S’ils ne s’étaient pas revus, ils s’écrivaient néanmoins tous les jours. Et dans sa dernière lettre, Samuel lui avait donné rendez-vous à un bal. Ce serait l’occasion d’annoncer leur engagement à toute la société. De son côté, Margaret avait déjà prévenu son père qu’il risquait de recevoir sous peu la visite d’un gentleman. Elle avait été amusée par son expression ébahie suivie quelques minutes après par celle de sa mère.

Ce soir-là n’était donc pas un soir ordinaire. À vrai dire, sa vie ne l’était plus depuis que Samuel l’avait confondue avec sa cousine. Et si, sur le moment, elle avait éprouvé de la colère, elle y repensait désormais avec un certain amusement – surtout quand elle s’imaginait à quel point Samuel avait dû se sentir mortifié de s’être trompé.

Margaret terminait de se recoiffer, après un rapide passage dans les toilettes pour dames. Elle replaça une dernière épingle dans ses cheveux puis se dirigea vers la salle de bal. La soirée était déjà assez avancée et elle espérait que Samuel était arrivé. Inquiète de ce retard, elle tentait de se rassurer en se disant qu’il avait dû avoir un problème de dernière minute à son bureau.

Elle n’avait pas fait deux pas à l’intérieur de la salle qu’un mouvement de foule la bouscula. Margaret fut acculée contre un mur. Quand un valet passa à ses côtés, elle réussit à l’attraper par la manche.

– Que se passe-t-il ? l’interrogea-t-elle.

– Sortez le plus vite possible, madame. Un feu s’est déclaré aux cuisines et il risque de se propager dans toute la maison.

Il ne la laissa pas lui poser davantage de questions et se dépêcha de rejoindre une partie des invités qui tentaient d’atteindre le hall d’entrée. Paniquée, Margaret se fondit à son tour dans la foule. Par malheur, trop de monde se dirigeait dans la même direction et il était impossible d’avancer. De la fumée âcre commençait à investir une partie de la salle de bal.

Cherchant désespérément une solution, Margaret aperçut un groupe d’invités quitter la foule amassée devant le hall pour gagner le fond de la salle.

– Nous allons tous mourir, s’écria un homme bedonnant non loin d’elle qui transpirait à grosses gouttes.

– Nous pouvons trouver refuge à l’étage ! s’écria un autre qui suivit le groupe vers l’opposé du hall.

Indécise, Margaret évalua les risques. Devait-elle attendre que le passage qui menait au hall d’entrée se débloque ou bien trouver une autre sortie ? Un mouvement de panique à travers la foule la fit pratiquement tomber à terre. Il n’en fallut pas plus pour la décider.

Elle courut vers le fond de la salle. Le groupe d’invités avait emprunté les escaliers et il avait atteint le premier palier. Margaret eut un moment d’hésitation. S’ils montaient dans les étages alors que le feu ravageait le rez-de-chaussée, il y aurait de grandes chances pour que la demeure s’écroule. Ils mourraient tous.

 Un coup d’œil en arrière l’informa qu’elle n’avait plus le choix. L’incendie se propageait à toute vitesse et bloquait maintenant l’accès à la salle de bal. Il ne lui restait plus que les escaliers. Margaret prit une grande inspiration, se saisit de ses jupes pour éviter qu’une étincelle vienne s’y loger, et entreprit son ascension.

L’escalier aboutissait à un grenier, composé d’un étroit couloir distribuant plusieurs chambres de bonnes. Comme elle l’avait pressenti, il n’y avait là rien qui leur permette de quitter la maison. La seule source de lumière était une large fenêtre, au bout du couloir, qui donnait sur la rue. Une vingtaine de personnes, en état de panique, trouvaient là, certaines d’entre elles essayant de l’ouvrir.

Sur une impulsion, Margaret s’empara d’un chandelier abandonné sur une petite table.

– Essayez plutôt avec ça ! s’écria Margaret au-dessus des bavardages pour se faire entendre.

Un bref silence se fit sur la petite assemblée. L’un des hommes autour de la fenêtre la remercia et s’empara du chandelier. Avec ce dernier, il détruisit la fenêtre. Une vague d’air frais s’engouffra dans le grenier, que Margaret respira à pleins poumons. Peut-être avaient-ils une chance de s’en sortir, finalement.

– J’aperçois une brigade de pompiers ! s’exclama un homme, penché à la fenêtre. Ils apportent une échelle de secours !

Cette bouffée d’espoir inattendue était réconfortante et Margaret se laissa glisser le long du mur, épuisée, pour s’asseoir à terre. Elle s’autorisa enfin à penser à sa mère. Elle espérait qu’elle avait réussi à s’échapper avant que le feu n’atteigne la salle de bal. Pour Samuel, Margaret formulait le vœu qu’il soit encore retenu à son bureau. Cela la consolait de savoir qu’il était en sécurité. Elle-même n’était pas tirée d’affaire. Les pompiers étaient là, ce qui était une très bonne nouvelle, mais ils allaient devoir se dépêcher pour que la maison ne s’effondre pas avant qu’ils aient pu secourir l’ensemble des invités.

À cet instant, un grand bruit se fit entendre. Tout le monde sursauta. Margaret eut peur que l’escalier ne se soit effondré. En s’approchant pour vérifier, elle se rendit compte avec stupéfaction qu’un individu venait de s’écrouler sur le palier. Ses cheveux étaient à moitié roussis et sa redingote fumait. Elle est en feu, comprit-elle instantanément. Sans plus attendre, elle se précipita vers lui et utilisa un manteau abandonné à terre pour étouffer les flammes. L’individu releva la tête et elle poussa un cri de stupeur en reconnaissant Samuel.

– Samuel ! Que s’est-il passé ? Êtes-vous gravement blessé ?

– Maintenant que je vous ai trouvé, je me sens très bien, murmura-t-il d’une voix rendue rauque par la fumée.

Des larmes perlèrent aux yeux de Margaret en songeant qu’il n’avait pas été loin de la mort. De ses doigts, elle dégagea ses cheveux de son front pour vérifier qu’il ne souffrait d’aucune blessure à la tête.

– Quand je suis arrivé au bal, lui confia Samuel qui reprenait difficilement son souffle, on m’a averti qu’un incendie s’était déclenché dans les cuisines. Je vous ai cherché, mais vous n’étiez nulle part. Une dame m’a indiqué vous avoir vu rejoindre l’escalier. Vous ne pouvez pas imaginer la peur que j’ai éprouvée en vous sachant coincée à l’intérieur, au milieu des flammes.

L’envie de pleurer de Margaret cessa aussitôt. Une vive colère la remplaça quand elle comprit ce qu’impliquaient ses paroles. L’idiot avait mis en danger sa vie pour elle !

– Mais qu’est-ce qu’il vous a pris d’emprunter cet escalier ? Vous êtes devenu fou à risquer votre vie ainsi ! s’emporta Margaret.

Samuel jeta un coup d’œil derrière lui. Le feu se répandait à toute vitesse et il ne faudrait pas longtemps avant qu’il ravage le grenier. En effet, il n’était pas passé loin de la mort. Les yeux de Samuel se posèrent sur Margaret, dont le regard traduisait une grande angoisse. Oui, il était certainement fou. Fou d’amour.

Il souleva ses bras pour entourer de ses mains le visage de la jeune femme. Comprenant son intention, malgré sa colère, elle le laissa la guider vers sa bouche. Il déposa un doux baiser sur ses lèvres, qui se transforma vite en une profonde étreinte. Peu importait les gens qui les entouraient. Seul comptait le fait qu’ils étaient tous les deux en vie et ensemble. Quand leur baiser prit fin, Samuel releva la tête pour lui déclarer :

– Bien entendu, je vous l’accorde de bonne grâce.

– De quoi parlez-vous ? demanda Margaret, à la fois déstabilisée par ce changement de sujet et par les sentiments qu’avaient fait naître en elle leur étreinte.

– De mon pardon. Pour m’avoir poussé dans cette fontaine. Je ne l’ai jamais évoqué dans mes lettres, mais sachez que…

– Je ne vous ai jamais poussé dans cette fontaine, protesta-t-elle. C’était un accident !

Pour faire taire ses récriminations, Samuel recourut à un excellent moyen, qu’il aurait l’occasion de parfaire pendant de longues et heureuses années. Il l’embrassa à nouveau.   

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